Repères chronologiques

Les 3, 6 et 9 mai 68, les incidents se multiplient au Quartier Latin entre les manifestants étudiants et la police. Dans la nuit du 10 au 11 mai, 40 000 étudiants s'opposent aux forces de l'ordre. C'est la &laqno;Nuit des Barricades» qui fait offciellement 600 blessés. Le 13, les organisations syndicales appellent à la grève générale et à une grande manifestation contre la répression et en solidarité avec les étudiants. Les 14 et 15, Sud Aviation puis Renault sont occupées.
Le 27 mai, signature des accords de Grenelle entre syndicats et patronat, qui doivent être suivis de négociations branche par branche. Ces accords sont largement contestés par la base; la grève continue.
Le 30 mai, De Gaulle annonce la dissolution de l'assemblée nationale. Manifestation gaulliste sur les Champs-Elysées.
Début juin, premiers signes de reprise du travail 10-12 juin, la reprise est beaucoup plus massive. 23 et 30 juin, élections législatives: raz-de-marée UDR.

 

Le film et la critique

&laqno;Dix minutes filmées en continuité et présentées sans aucun montage, dix minutes pendant lesquelles la virtuosité d'un cameraman lui permet de faire la preuve de son intelligence et de sa sensibilité, les dix minutes qui précèdent la reprise du travail aux usines Wonder de Saint-Ouen. Pour l'essentiel le refus pathétique d'une jeune ouvrière de retrouver ce boulot &laqno;dégueulasse», ces chiottes &laqno;dégueulasses», d'admettre que ces semaines de grève puissent se temniner ainsi. Face à elle, raisonnables, raisonneurs, deux délégués de l'Union Locale CGT de Saint-Ouen qui parlent au contraire d'un premier succès. A ses cotés, un étudiant, &laqno;gauchiste» bien sûr. Et pour finir l'invitation de rentrer dans l'usine par un personnage aux fonctions mal définies et suivie par la majorité. Même si parfois les propos échangés manquent d'intelligibilité (...) cet admirable reportage rend compte sous une forme exceptionnellement concise, passionnée et authentique de ce que furent en juin dernier bien des fins de grève. On ne saurait trop s'employer à ce qu'il soit projeté et discuté à l'occasion de réunions syndicales. Sinon il faudrait croire que certains dirigeants ont peur du cinéma-vérité, pas au sens bourgeois chèvre-chou du cinéma-objectivité si fort à la mode il y a peu dans le Landerneau cinématographique. mais au sens révolutionnaire et premier de Kino Pravda, supplément filmé du joumal de Lénine.»

Jacques Demeure
Positif, Eté 68.

 

&laqno;Film primitif. En mai 68, le travail reprend, les syndicats font semblant de crier victoire. Aux usines Wonder aussi tout rentre dans l'ordre. Soudain une femme ose se révolter, elle dit qu'elle ne veut pas reprendre le travail, que c'est trop horrible. Un étudiant de l'IDHEC est là avec une caméra et un magasin de douze minutes. Il enregistre la scène. Ce petit film, c'est la scène primitive du cinéma militant, La sortie des usines Lumière à l'envers. C'est un moment miraculeux dans l'histoire du cinéma direct. La révolte spontanée, à fleur de peau,c'est ce que le cinéma militant s'acharnera à refaire, à mimer, à retrouver. En vain.»

Serge Daney et Serge Le Peron
Cahiers du Cinéma, Mai 81.